Dialogue avec les internautes du Nouvel Obs (2) du 26 octobre
Question d’un Internaute : Comment allez-vous pouvoir peser sur la campagne 2007 sans être candidate aux présidentielles ? Allez vous continuer votre investissement au PRG que l´on annonce en renouveau ? Croyez-vous à une nouvelle flambée des banlieues ? Question de jack : Allez vous rester au PRG alors que vous y avez plus d’opposants que de supporters? Et qui allez vous soutenir aux présidentielles? Réponse : Je n´appréhende pas les relations au sein du PRG à l´aune de ma personne, et tant pis pour ceux qui font des choix politiques sur cette base-là. Par contre, je trouve très stimulante la confrontation de lignes politiques qui a connu un point d´orgue au congrès et qui va se poursuivre. Cela relève de la démocratie interne la plus ordinaire.
Réponse : Je vais continuer à débattre pour convaincre à l´intérieur du PRG. Je vais surtout continuer à rencontrer sur le terrain les citoyens et les acteurs politiques et sociaux. Je vais continuer à écrire, à donner des conférences. Et je pense par ailleurs que ceux qui croient que tout est joué, six mois avant l´élection, sous-estiment la capacité de surprise d´une démocratie. Les radicaux aiment les débats politiques, notre dernier congrès a montré qu´il suffit de leur en fournir l´occasion. Au sein de ce parti est en train de se réaliser un ajustement entre sa sociologie à l´image de sa société (émergence des territoires urbains à côté de la tradition rurale) et la représentation des sensibilités politiques qui en émanent (diversités des problématiques). Une nouvelle flambée est possible dans la mesure où les causes n´ont pas été
traitées. Je crois davantage aux résidents des banlieues pour l´éviter qu´à ceux qui àl´approche de l´anniversaire, jouent les provocations. Vendredi matin, je participerai à Clichy-sous-Bois à la marche en mémoire de Zyed et Bouna, ces deux gamins électrocutés l´année dernière pour avoir voulu échapper à un contrôle alors qu´ils n´avaient rien à se reprocher. Cette tragédie résume à elle seule la déchirure entre la population et les institutions.
Question d’un internaute : si vous aviez été blanche, vous auriez pu être aujourd’hui à la place de Royal?
Réponse : La question m´a fait rire. Mais je sais qu´elle porte une interrogation non seulement
sérieuse mais fondée. Il est un fait que dans cette société, la cooptation, l´efficacité des réseaux, les préjugés, font que certaines personnes sont systématiquement écartées des trajectoires de réussites ou de responsabilités. A mon niveau ce n´est pas grave parce que fondamentalement, j´ai choisi mes étapes de vie mais je me bats farouchement pour qu´il cesse d´en être ainsi, pour ceux dont les efforts et les talents ne leur donnent pas accès à ce qu´ils méritent. C´est une injustice individuelle et un gâchis collectif.
Question d’un internaute : En 2002, ayant trouvé la campagne de Jospin lamentable et ayant une certaine aversion pour le personnage, et ceci bien que votant socialiste depuis 1965, j´ai voté pour vous sans difficulté eu égard à votre beau discours républicain. Depuis lors, votre discours a versé dans l´anti-européanisme et le communautarisme borné, qui pour moi est tout sauf républicain. J´en suis amené à me réjouir que le PRG ait décidé de ne pas présenter votre candidature. D´ou vient ce changement d´attitude de votre part? Quelle mouche vous a piqué pour changer aussi radicalement de comportement?
Réponse : Merci pour votre geste de 2002. J´ai assez confiance en vous pour penser qu´il était
réfléchi. Je veux croire à un malentendu sur les accusations contenues dans votre deuxième phrase. Parce que vous ne trouverez nulle part la preuve d´un anti-européanisme de ma part. Je vous invite sur mon blog (taubira2007.over-blog.net) et sur mon site internet (www.christiane-taubira.org). Vous verrez qu´au contraire mon refus du projet de traité est inspiré par une exigence de construction politique et de responsabilité internationale à la mesure de l´immense capacité que je reconnais à cette belle aventure humaine qu´est l´Europe. Quant au communautarisme, rien non plus ni dans mes propos ni dans mes prises de position ne peuvent vous permettre de l´illustrer. Mais on a pris l´habitude dans ce pays de juger les gens avec les yeux. Et alors là ma couleur s´impose. Je vous invite très cordialement à me lire et m´écouter pour me juger. Vous verrez que ce que vous appelez mon "beau discours républicain" est tout simplement mon idéal.
Question d’un internaute : allez vous tout de même être candidate à l´élection présidentielle sans l´investiture de votre parti, le PRG ?
Réponse : Non. Je ne suis pas dans un état d´esprit putschiste. Mais comme je l´ai dit plus haut, la gravité de la situation et mon sens des responsabilités me conduisent à poursuivre mes efforts pour contribuer à des analyses justes et à des réponses adaptées.
Question d’un internaute : Faut-il mieux avoir un groupe de 30 députés PRG ou obtenir 2% à l´élection présidentielle et ne pas être représenté à l´Assemblée Nationale ? Réponse : L´ennui c´est que le débat ne se pose pas en ces termes. Nous reparlerons après les législatives de l´optimisme débridé du groupe de 30 députés. Quant au pourcentage, pardon de céder à la vanité, mais il était déjà un peu plus élevé en 2002. On m´a assez reproché injustement d´avoir volé des voix appartenant à M. Jospin. D´un côté il y a un accord électoral naturel entre partenaires politiques. Par ailleurs, il y a l´importance que l´on accorde à la responsabilité politique et à la part que l´on doit apporter dans un débat crucial. En tout état de cause, et en cas de participation à la présidentielle, cela n´empêcherait pas les députés radicaux qui ont sérieusement travaillé pendant 5 ans, d´être réélus.