Pour le PRG: législatives ou présidentielle, sortir du faux débat
L'amicale pression de partenaires puissants, mais pas suffisamment pour s'envisager sans nous, veut nous imposer le lien entre un accord sur les législatives et une absence des radicaux de gauche dans le débat national conduisant à l'élection présidentielle. Avec un certain succès, puisque nous échangeons force arguments sur les mérites comparés d'un groupe à l'Assemblée nationale et d'une candidature à la présidentielle pour mieux affirmer l'identité radicale, ou sur le coût respectif des scrutins à venir et notre capacité à les assumer tous. C'est en tout cas l'argument du risque de remise en cause de l'accord législatif à conclure qui vient en priorité à l'encontre d'une candidature PRG à la présidentielle, juste avant celui du risque d'un renouvellement de 2002.
Mais dans ce débat contraint sont confondus les rythmes et les enjeux des choix des radicaux, comme de leur dialogue nécessaire avec leurs partenaires.
Il y a d'abord le temps de la négociation sur les législatives, du choix entre leurs candidats déclarés et les nôtres, circonscription par circonscription. C'est une étape longue et ardue, nécessitant patience, disponibilité et talent de la part de nos représentants. Au terme de longs mois de travaux, ils ont, pour l'essentiel, dégagé des équilibres satisfaisants. A aucun moment de cette procédure le PRG n'a entendu lier les discussions touchant aux législatives à une prise de position sur les présidentielles, quels qu'aient été les sentiments à cet égard de nos partenaires, dont on comprend bien que la générosité serait plus chichement mesurée à la perspective de se voir à nouveau privés, telle fut leur analyse, de 2,32% de voix au premier tour de l'élection du Chef de l'Etat.
La question de la place des radicaux dans le débat présidentiel représente pour ceux-ci un enjeu majeur, distinct de celui des législatives, et qu'ils doivent aborder le moment venu, avec gravité, en toute indépendance. Pour ce débat, dont les fondements ont été posés à Lyon, le calendrier est clair : les radicaux se détermineront le 22 octobre.
Pourrions-nous sérieusement, ce jour là, exposer à l'opinion et nous dire à nous-mêmes que nous renonçons d'avance à toute présence dans le débat présidentiel, que nous soutiendrons automatiquement un candidat dont nous ignorerons tout, mais qui sera nécessairement paré de tous les talents puisque ce sera le candidat du parti socialiste, et que ce geste généreux, préservant la France d'un nouvel avril 2002 dont, ce disant, nous prendrions cette fois-ci la claire et entière responsabilité, trouvera sa juste récompense dans une corbeille de circonscriptions ? Qui peut l'imaginer ? Sommes nous pourtant à ce point dépourvus de sens politique pour ignorer qu'une présence radicale effective au premier tour de l'élection présidentielle peut en effet contribuer à faire courir à la gauche le risque d'être absente du second tour, et pour ne pas comprendre que l'attitude du parti socialiste à l'occasion des législatives dépendra de la position finalement arrêtée par le PRG sur la présidentielle ? Qui peut le croire ?
Dans ces conditions, chacun devra simplement comprendre, en particulier chez nos partenaires socialistes, qu'après le temps de la négociation sur les législatives, devra venir celui de la discussion sur la présidentielle. Entre partenaires libres et indépendants. Ayant chacun désigné le porteur de son message particulier devant les françaises et les français. Avec la ferme espérance de parvenir, au moyen d'un accord politique fondamental permettant au PRG d'être assuré que seront prises en compte les valeurs essentielles qu'il défend - Laïcité, Europe solidaire, Egale dignité de tous les citoyens de notre pays, d'autres encore -, au rassemblement dynamique capable de faire gagner la gauche. Un accord qui devra être conclu avec suffisamment d'éclat pour que ses partenaires, et leurs idées, soient l'un autant que l'autre visibles de tous.
Ainsi le PRG pourra-t-il être présent dans le débat politique majeur de notre pays, dont on ne peut s'exclure sauf à disparaître. Ainsi pourra-t-il faire entendre sa voix, faire savoir au pays qu'il y a quelque chose, à gauche, une espérance singulière, à laquelle il ne faut pas renoncer, et qui s'appelle le radicalisme. Ainsi pourra-t-il, dans le même temps, ouvrer d'une manière claire et peut-être déterminante au rassemblement de la gauche responsable, sur la base d'un accord fondé sur des valeurs et non sur des renoncements ou des compensations. Mais, dira-t-on, qu'adviendra-t-il pendant ce temps d'une entente sur les législatives non encore signée et qui pourrait bien être remise en question, d'en haut ou sur le terrain, par des socialistes déjà prompts à la trouver trop généreuse pour les radicaux ? Soyons d'abord conscients que ces réflexes là pourraient bien se manifester avec ou sans signature, avec ou sans candidat PRG à la présidentielle. Mais soyons surtout conscients qu'un accord politique fondamental, conclu cette fois-ci non seulement avec un parti, mais aussi avec son candidat à la magistrature suprême, sera la meilleure garantie du respect des conventions législatives, du renoncement des dissidents, de l'aplanissement des dernières difficultés, peut-être même de l'amélioration des positions de notre parti. Car plus encore que le PS aujourd'hui, son candidat demain aura le souci de réduire le risque, à ses yeux, d'une dispersion des voix de la gauche.
Mais qui nous dit que cet accord présidentiel sera conclu ? Que les radicaux n'iront pas jusqu'au bout de leur démarche, comme en 2002 ? On ne peut en effet exclure qu'ils aillent jusqu'au bout, si les socialistes, après avoir décliné l'offre de primaires, se refusent à nouveau à toute procédure de rassemblement, ou si d'aventure, leur candidat exposait la France à des perspectives ou des projets auxquels les radicaux ne pourraient souscrire. Le risque pris serait alors leur fait. La responsabilité serait la leur.
Pour les radicaux, le choix d'octobre 2002 devra être, lui, dépourvu de toute ambiguïté. Il devra lier l'affirmation de l'identité radicale à la ferme volonté de rassembler la gauche. Dans la clarté et dans la dignité.
Bernard Castagnède, directeur de campagne de Christiane Taubira en 2002, ancien euro-député radical (1994-1999)