Les combats de femmes qu'elle aimerait voir aboutir.

Le 14 août dernier, Christiane Taubira déclarait sur RTL : "La société française s'est rendue compte qu'elle était tout à fait mûre, perméable à l'hypothèse d'une femme au sommet de l'Etat, et pour ça nous sommes redevables à Ségolène Royal".
C'est l'occasion pour nous de revenir sur l'interview que Christiane avait accordé à RFO le 7 mars 2006, à l'occasion de la journée internationale des femmes. La députée de la Guyane insite sur l'importance de cette journée et évoque les combats de femmes qu'elle aimerait voir aboutir.
Quel sens donnez-vous à la Journée internationale de la femme ?
Christiane Taubira : Cette journée doit avoir un effet de loupe. Et servir à rappeler qu?en France, 80 femmes meurent chaque année de violences conjugales. Qu'il est bien, comme nous l?avons fait récemment, de renforcer les sanctions pénales contre les agresseurs, qui appartiennent à toutes les catégories sociales, mais c'est mieux de se pencher sur l'éducation des filles et des garçons.
Par ailleurs, il est bon de s'interroger sur tout ce qui n'est pas fait pour mettre un terme au fait que 80% des plus pauvres sont des femmes, que deux tiers des contrats précaires et à temps partiels non choisis concernent des femmes, que nous sommes moins de 10 % dans la décision politique et moins de 4% dans la décision économique. C'est à peine mieux qu'il y a 60 ans lors de l'instauration du droit de vote des femmes.
Outre-mer, les violences conjugales touchent également toutes les classes sociales et toutes les classes d'âge. L'état de délabrement de nos économies, le refus de prendre au sérieux les débats identitaires, l'indifférence des pouvoirs publics face au désarroi généré par un monde de compétition impitoyable introduit des tensions de plus en plus vives, qui parfois, confinées dans le cercle familial restreint, se traduisent par la violence domestique, les viols, les incestes. Les grossesses précoces télescopent la trajectoire de vie et de carrière de milliers de jeunes filles. Pour toutes ces raisons, le 8 mars ne doit pas se réduire à des mondanités. Il doit être l'occasion d'éclairer les poches de résistances. Et de voir comment les hommes et les femmes font face et font pièce à ces inégalités et à ces injustices.
En Europe, les législations progressent. Elles doivent être appliquées. Outre-mer, les femmes demeurent les Temples où se conservent et se transmettent les valeurs, les principes, les savoirs traditionnels, l'éthique de vie. En même temps, elles investissent des lieux et des métiers qui leur étaient interdits ou inaccessibles. Ce 8 mars n'est pas seulement la journée de la femme. C'est le coup d'envoi du temps des femmes.
Parmi les nombreux combats menés par et pour les femmes, quel est celui qui vous touche particulièrement, et pourquoi ?
Christiane Taubira : J'éprouve une immense gratitude et une vénération pour ces femmes qui, par leurs combats ont assuré nos libertés d'aujourd'hui. Et je rends un hommage entrelacé aux grandes résistantes comme N'Zinga de Pandango (Angola), aux grandes révolutionnaires comme Louise Michel, aux grandes Négresses-marron comme Dandarah de la République de Palmaraes (Brésil) et Solitude Egérie de Louis Delgrès en Guadeloupe.