Non, tout n'est pas perdu

Publié le par comité Taubira 2007

Non, tout n'est pas perdu
Par Daniel COHN-BENDIT, Gabriel COHN-BENDIT, Jean-Yves LE DRIAN, Jean-Pierre MIGNARD, Joël ROMAN
QUOTIDIEN : lundi 7 mai 2007
http://www.liberation.fr/rebonds/252134.FR.php

Daniel et GABRIEL Cohn-Bendit, JEAN-YVEs le DRIAN président PS de la région Bretagne, Jean-Pierre Mignard avocat, Joël Roman éditeur, Christiane Taubira députée PRG.
Aujourd'hui, nous sommes tristes, mais nous ne nous laisserons pas aller à maudire le peuple français, ni à souhaiter le pire pour notre pays. Un immense espoir vient d'être déçu. Nous respectons le verdict du suffrage universel et nous espérons que l'ivresse de la victoire ne conduira pas le vainqueur à mettre en oeuvre une politique de brutalisation de la société. Mais nous sommes aussi conscients que personne ne peut s'exonérer de la défaite de Ségolène Royal et prendre la candidate comme bouc émissaire de ses propres insuffisances. Sans doute des erreurs ont été commises. Mais la timidité gauchiste envers la perspective du gouvernement, la rigidité et la suffisance socialiste, la pusillanimité du centre sont les principales causes politiques de cette situation. Les premiers ont entretenu la suspicion sur la candidate socialiste. Les seconds, en s'accrochant à un projet socialiste davantage fait pour reconstituer l'unité du parti que pour offrir à leurs compatriotes un projet social-démocrate crédible, ont rendu impossible l'ouverture exigée. Les derniers enfin, en refusant d'appeler clairement à une alliance avec la gauche, ont sapé les bases de la nouvelle orientation politique qu'ils disaient vouloir construire. Malgré ces obstacles, Ségolène Royal a su incarner un espoir collectif immense. Aussi est-elle la mieux qualifiée pour poursuivre la construction de ce rassemblement nouveau qui devra s'affranchir des limites constatées durant la campagne présidentielle.
Ce qui s'est esquissé à chaud, avec des atermoiements et à demi-mot dans la campagne d'entre deux tours de Ségolène Royal, doit être désormais repris, travaillé, prolongé et assumé. Les Verts doivent sortir de leur culture d'isolement et de leur paralysie interne, pour comprendre que les enjeux qu'ils portent sont compris bien au-delà de leur cercle et perçus comme cruciaux par une majorité de la population. La gauche antilibérale doit sortir de l'impasse dans laquelle l'a conduite tout refus pratique de gouverner. Le Parti socialiste doit poursuivre la mutation désormais entamée et assumer clairement l'option sociale-démocrate qu'il a su esquisser durant cette campagne : accepter une mondialisation contrôlée qui puisse devenir, à l'instar de nos partenaires européens, une opportunité et pas seulement une menace. Le centre doit rompre son alliance historique avec la droite, qui l'a trop souvent conduit à oublier qu'il était porteur d'un message de cohésion sociale et de vitalité démocratique. Si le nouveau parti de François Bayrou refuse d'être une UDF vassalisée par Nicolas Sarkozy, il ne peut avoir d'espace politique qu'au sein d'une nouvelle alliance avec une gauche elle-même rénovée.
Cette nouvelle alliance doit proposer un projet politique commun, fondé sur la perspective d'une société pacifiée, et non celle d'une société divisée ; celle d'un engagement européen renouvelé et ouvert, et non d'une concession faite du bout des lèvres à des partenaires qu'on méprise ; celle d'une société qui assume le marché et le libre-échange, mais qui n'y réduit pas la totalité des rapports sociaux ; bref, une société qui regarde l'avenir avec confiance, et non une société qui prône la méfiance de chacun envers ses voisins.
Le débat politique de cette élection présidentielle a esquissé de telles convergences : sur la réduction nécessaire de la dette publique, sur l'efficacité de services publics renouvelés, sur le soutien aux plus démunis, sur la prise en compte résolue des menaces qui pèsent sur la planète et sur notre développement (énergie, réchauffement climatique, eau), sur l'idée d'une sécurisation des itinéraires des travailleurs conciliable avec la mobilité qu'ils peuvent souhaiter et qui est nécessaire aux entreprises, sur une perspective de croissance fondée sur l'investissement dans la formation, la recherche et l'économie de la connaissance, sur la définition d'une société ouverte et solidaire, et donc sur des valeurs qui rassemblent, qui réunissent, et qui pacifient.
Le Parti socialiste a besoin d'alliés, non de vassaux auxquels il concède quelques circonscriptions pour entretenir l'illusion du pluralisme, tandis que ceux-ci tiennent un double langage en étant parfois tentés de confondre autonomie et irresponsabilité. La France a besoin d'une nouvelle coalition analogue à la coalition italienne de l'Olivier, où chacun trouve sa place. Pour cela il faut rompre avec le couperet majoritaire, véritable laminoir de la diversité politique du pays. Certes, le scrutin majoritaire est nécessaire pour obtenir des majorités stables : mais la maturité démocratique exige qu'une part significative de proportionnelle soit instaurée pour que toutes les formations politiques significatives soient représentées au Parlement, même celles qui ne nous plaisent pas ­ leur inscription dans le jeu politique et leur confrontation aux véritables enjeux de la société est aussi à ce prix.
Dans l'immédiat, des accords de désistement ou, parfois, des circonscriptions réservées doivent permettre de sceller cette alliance. Les élections législatives peuvent être l'occasion d'une nouvelle mobilisation collective, pourquoi pas victorieuse, au moins capable de constituer une opposition forte.
Ne laissons pas perdre les acquis de cette campagne présidentielle, ne laissons pas perdre l'élan qu'a su insuffler à cette campagne Ségolène Royal, et le renouveau qu'elle incarne, ne nous laissons pas gagner par le découragement, regagnons l'espoir.

Publié dans libre opinion

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BRICARD jaqq 19/05/2007 13:38

Je voulais envoyer ce message à propos de la discussion sur votre démenti, mais le message ne passe pas. Donc je l'envoie dans cette discussion, dans lequel j'ai pu envoyer des messages.
Je suis heureux bien sûr de votre déménti.
 

Le nouveau gouvernement est établi, je n'y vois que continuité et aucune rupture. 9 ministres (Borloo, Kouchner, Bussereau, Bertrand, Darcos, Alliot-Marie, Lagarde, Boutin, Bachelot) ont participé aux gouvernements de droite et de gauche pour Kouchner pendant les 12 années Chirac, et pour certains à des postes importants, sans compter Juppé ancien premier ministre, le plus impopulaire de tous, Fillon et Sarkozy qui ont des rôles les plus importants pendant ces 12 années. Alors que Mr Sarkozy n'a pas arrêté d'asséner que la France va mal, que c'est en partie dû à l'immobilisme des gouvernants, pourquoi reprendre ces personnes, les meilleures selon ses dires, si elles sont grandement responsables de la situation actuelle ? A moins qu'il juge qu'elles ont fait un travail admirable et que la France va très bien, donc Sarkozy nous aurait menti ?!! Je ne vois là que continuité avec la méthode Chirac de ces 5 dernières années, on garde les mêmes personnes, mais on les change de postes, pour faire passer la pillule du changement. Et les médias, notamment ceux des amis de Sarkozy, Europe 1 en tête, de louer l'esprit d'ouverture et de rupture de Sarkozy. Je ne comprends pas comment Mr Kouchner, qui après le non au référendum sur le Traité Constitutionnel européen dénonçait le nationalisme, voire le racisme, de ceux qui avait voté non, se retrouve dans un gouvernement qui contient un ministère absolument abject, le ministère de l'immigration et l'identité nationale, que l'on peut intituler "Ministère de remerciement aux électeurs de l'extrême droite d'avoir voté pour moi, ou Ministère d'ouverture vers l'extrême droite".
 

J'espère que la gauche sera unie, et non en apparence pour dénoncer toutes ces incohérences.
 

Enfin un extrait de "1984" de Georges Orwell écrit en 1948 :
 

"Les croyances, habitudes, goûts, émotions, attitudes mentales qui caractérisent notre époque, sont destinés à soutenir la mystique du Parti et à empêcher que ne soit perçue la vraie nature de la société actuelle. Une rébellion matérielle, ou un mouvement préliminaire en vue d'une rébellion, sont actuellement impossibles. Il n'y a rien à craindre des prolétaires. Laissés à eux-mêmes, ils continueront, de génération en génération et de siècle en siècle, à travailler, procréer et mourir non seulement sans ressentir aucune tentation de se révolter, mais sans avoir le pouvoir de comprendre que le monde pourrait être autre que ce qu'il est."
 

Nous n'en sommes peut-être pas encore là, mais vous remplacez le mot "Parti" par "Consommation" et  vous avez le programme de TF1 dont le but est de "vendre du temps de cerveau diponible pour Coca-Cola" et dont le PDG n'est autre que Mr Bouygue, grand ami de Sarkozy....
 


 

 

BRICARD jaqq 16/05/2007 19:50

C'est moi qui ais écrit le message précédent, quand je parle de muticulturalité, j'ai bien sûr voulu parler d'inter culturalité, aller vers l'autre, échanger, et s'enrichir tout en gardant son identité et en ne forçant pas l'autre à renier la sienne.

BRICARD 16/05/2007 17:56

J'étais impatient d'aller voter le 22 avril pour Mme Royal, disons plutôt contre toute la droite, de Bayrou à Le Pen. Il me semble qu'il a manqué une personne dans cette élection au premier tour, c'est vous. En 2002, j'avais voter pour vous car vous êtes la personne politique qui me fait le plus vibrer quand je vous écoute, avec Daniel Cohn-Bendit. J'ai même eu quelques fois la larme à l'oeil en vous écoutant.  Je regrette votre parole car elle est sincère et honnête, et surtout je suis presque toujours d'accord avec vous. Je déteste ça, car j'aime la critique, la contradiction, j'ai horreur de l'encensement, car chaque personne a ses travers, mais avec vous c'est différent. Lors de ces élections il a manqué le discours de la France républicaine, laïque et multiculturelle. Je trouve que votre absence au premier tour a été une régression par rapport à 2002,  les affiches étaient monochromes. Parce que Le PEN est arrivé au second tour en 2002, la réponse a été de montrer une France encore plus blanche au lieu d'une France aussi colorée qu'elle l'est en réalité. Je ne me suis donc pas reconnu dans cette élection (pour indication, mes origines sont bretonnes depuis des générations). Depuis des années je travaille dans des laboratoires de recherche à l'université de Strasbourg en tant que Technicien, donc j'ai la chance de croiser des personnes de tous les pays, Pérou, Algérie, Ghana, Israël, Iran, Afghanistan, Liban, Chine, Pologne, Brésil, Inde etc ... et de toutes les régions françaises, citadins, campagnards. Tout cela pour dire que ce discours multiculturel,  je ne l'ai entendu que chez vous parmi les personnes politiques ces dernières années. Je regrette que votre parole n'ait pas eu plus de poids cette année. Je n'ai pas été convaincu du tout par le discours de Mme ROYAL, c’était agaçant pour un laïc athée d’entendre ou de voir des postures faisant références à la Bible, même si elle a pris les plus humanistes.  Mais il existe des mots républicains pour cela. Au second tour, je n'ai pas voté pour Mme Royal, c'était pour vous car vous la souteniez.  J'espère que vous aurez un rôle de plus en plus important à l’avenir et que vos idées fraternelles et multiculturelles vont se propager et que votre tour viendra en 2012. En tout cas, faites le maximum pour que vos idées soient partagées par le plus grand nombre. J'espère que vous serez la future candidate de l'Intelligence, de la Culture, de la Philosophie, de la Liberté et du Respect de l'autre.
On ne peut trouver le Bonheur qu' après avoir trouvé sa Liberté propre, c'est à dire après s'être libéré du regard des autres, de leurs faits et de leurs gestes. On ne peut regarder l'Autre que si on s'est regardé d'abord soi-même et si on s'est assumé pleinement libre. C'est une quête perpétuelle, toute Liberté est à conquérir en permanence, même la Liberté intérieure. Il est si facile de se faire prendre par les évènements extérieurs. Je vous ai peut-être sentie moins libre au cours de cette campagne, j'espère vous entendre à nouveau plus souvent.
 

 

jean Bourdaa 16/05/2007 13:41

Ce matin sur france inter,suite à l'entrevue de mr Baylet avec mr Sarkozy,les journalistes ont évoqué la possible participation de mde Taubira au gouvernement de mr Sarkozy.Cette éventualité serait pour moi une hérésie ,une trahison .
Comment une militante contre le racisme peut aider un homme qui traite les autres de racaille,qui préfère la repression à l'éducation(la France 2ème pays le plus policé d'Europe)?
Madame Taubira si vous acceptez vous decrédibiliserez votre intégrité et la valeur de vos engagements

Patrice Godin 13/05/2007 00:12

Madame,
votre analyse me semble très juste et redonne effectivement espoir à ceux qu'inquiètent l'élection de Nicolas Sarlozy.Il me semble cependant qu'il faut insister sur l'incapacité actuelle du PS à fournir une vision claire non seulement de la mondialisation libérale mais aussi des alternatives à celles-ci. Jamais le PS n'a été aussi peu à l'écoute du monde et capable de livrer les clés de son intelligibilité. Les sujets pourtant ne manquent pas: comment concilier République et réalité multiculturelle; démocratie, Europe et mondialisation économique; développement et écologie... Il y a une refondation de la gauche à opérer, réaliste et généreuse. Et pour l'instant vous êtes la seule, à mes yeux, capable de conduire un tel projet, à être suffisamment réaliste sans pour autant renoncer aux idéaux qui ont toujours été ceux du socialisme. Rendre les choses conciliables, tel est l'enjeu, l'idéal et le monde.