La Politique de la Panique

Publié le par Christiane Taubira

 Le propos peut demeurer arithmétique : il a manqué moins de deux cent mille voix à Lionel Jospin pour être qualifié en 2002, Taubira en a recueilli trois fois plus, elle les lui a donc volées. Percutant syllogisme.

 La démonstration a le mérite d’une sèche clarté, délestée d’incongrues considérations sur le libre choix des électeurs, ou sur le principe, dans un scrutin à deux tours, du débat au premier et du rassemblement au second. Les tentations pour le bi-partisme ne sont pas neuves, elles remontent aux inconstances de la quatrième république. Ce propos arithmétique pourrait cependant l’être totalement. En avisant, fût-ce pour ne rien en conclure, les six points perdus par le même candidat socialiste entre 1995 et 2002, soit un million d’électeurs allés voir ailleurs ou nulle part. En comptabilisant la désaffection civique des cinq millions d’abstentionnistes, quitte à refuser obstinément de traiter le vote blanc comme le choix exprimé d’un non-choix. En prenant acte des trente pour cent à peine atteints par la somme des scores de la Gauche de gouvernement. En constatant que de 1965 à 2002, le cumul des voix des deux principaux candidats est passé par une décrue continue d’un total de 75% des suffrages exprimés à 37%. On peut, contre toute raison, choisir de ne rien en déduire. On ne peut gommer ces chiffres.

Le propos pourrait également rester mécanique : la pluralité de candidatures à Gauche a induit le séisme du 21 avril. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, renouveler cette pluralité revient à convoquer une réplique sismique. Le ‘vote utile’ s’impose dès lors comme le seul projet politique raisonnable, le seul slogan d’une campagne responsable, la seule source d’enthousiasme, la seule perspective d’espoir, le seul ressort d’un acte civique et politique de la plus haute importance en ces temps troublés et dans ce monde désordonné. Peu importe que l’offre alléguée pléthorique à Gauche n’ait empêché ni le vote aux extrêmes, ni l’abstention. N’importe pas davantage que les candidats de Gauche aient défendu et puissent encore porter des projets dont les singularités sont délibérément méconnues par le plus grand parti de la Gauche réformiste.

La campagne présidentielle n’est plus le lieu du débat national, le rendez-vous cardinal entre le peuple et ses représentants à travers celui qui prétend être investi comme le premier d’entre eux. Il est vrai que l’inversion du calendrier électoral en 2001 et les diverses manipulations de scrutin, régional et européen, ont éliminé les circonstances d’application de la proportionnelle et survalorisé la pertinence d’une participation au débat présidentiel. Les chiffres relatifs aux précédentes échéances, rappelés ci-dessus, prouvent que la diversité des candidatures à gauche ne suffit ni à automatiser les risques d’éviction ni à saturer l’offre attendue par l’électorat. Serait-il malséant d’introduire dans ces frayeurs et leurs commandements quelques considérations politiques ? La pré-campagne, telle qu’elle se déroule depuis plusieurs mois, est caricaturalement conforme aux institutions de la cinquième république, par cette personnalisation de la relation au peuple, cette défiance qui remonte envers les partis, ce rejet de ce qui semble périmé dans la pratique du pouvoir au profit de ce qui semble nouveau, sans que ce soit du poujadisme ordinaire. Les tentatives de transversalité - sur de nouvelles lignes de démarcation telles que le ‘non’ au referendum, l’opposition au libéralisme ou la ligne sécuritaire - ainsi que les tendances à la collégialité par la présentation d’équipes, tentent d’y faire face mais constituent paradoxalement une réponse en miroir qui accentue l’intimité magique du lien personnel.

Tous les partis républicains sont convenus, peu ou prou, qu’il faut moderniser les institutions. Certains, à droite, le proposent à dose homéopathique, par des retouches fréquentes. A Gauche, le spectre est plus large et plus franc. De la méthode chirurgicale exposée au Mans à la sixième république orpheline depuis que cette campagne très ‘cinquième’ poursuit son irrésistible séduction, jusqu’aux réformes tranchées proposées par le courant fabiusien, les Socialistes montrent qu’ils prennent le sujet au sérieux.

Les Radicaux, pour leur part, proposent depuis dix ans de nouvelles institutions plus efficaces pour la séparation des pouvoirs, plus perméables à la participation des citoyens, plus ajustées aux engagements européens et internationaux de la France. D ’avoir prétendu que les citoyens n’avaient cure d’une réforme qu’on s’est peu donné la peine de leur exposer, ceux qui sont au pouvoir et ceux qui rêvent d’y revenir sans vagues ont laissé s’aggraver une crise de régime et pris le risque d’une crise de la démocratie, dont l’abstention et la surenchère contemptrice ne sont que les signes les plus manifestes.

Tout se déroule comme si les chantiers de politiques publiques étaient trop vastes et trop bourbeux. Trop compliqué, le lien social. Trop indociles, les banlieues. Trop frileux, le milieu rural. Trop coûteuse, l’Education pour tous et la réussite de tous. Trop aléatoire, l’économie. Trop démodée la protection sociale. Trop impopulaire, l’Europe. Trop violent et désespérant, le monde. Trop impuissante, l’ONU. Alors, comme essorés d’avoir dû renoncer à l’ambition de la transformation sociale pour s’encombrer de croyances (l’alternance est de droit) et de fétiches (renationalisation), ceux qui portent la parole publique se réfugient dans la politique de la panique où soustractions et prescriptions tiennent lieu d’analyses et de perspectives. Tremblants sous cet abri illusoire, pas plus résistant qu’une tente en plastique sous une pluie battante, ils troquent le courage politique contre le pragmatisme, se résignant à un monde sans enchantement, parce que sevré d’idéal.

Christiane TAUBIRA

Publié dans taubira2007

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varsovie 23/11/2006 11:58

je suis  antillais depuis 30 ans  + nous voulons un noir nous represante  dans la politique française nous sonne perdu dans la france  le voyage bonifier qui son refuser dans les communes de banlieux   on nous demande quon sois  proprieter pour aller an antilles se nes pas juste cela /lassambler generale dois parler de cela  nous demandons un secour un aide  la vies est tres cher pour aller au antilles je  vous remerci alex