Pourquoi j'ai voté Non au référendum européen

Publié le par Christiane Taubira

Plusieurs militants Radicaux qui ont toujours soutenu l'action de Christiane se sont interrogés sur la nature de son vote Non au référendum sur le traité constitutionnel européen. Pour éclairer  sa position, Christiane nous a proposé de reproduire une interview à Yahoo-Actualités en mai 2005. A vous de juger

Le comité Taubira2007

Christiane Taubira (PRG) : « Les peuples se sont invités à la Construction européenne ! »

 

Le 21 mai, les Partisans du « non » de gauche se rassemblaient Place de la République à Paris pour un meeting commun. La Députée guyanaise et ancienne candidate à l’élection présidentielle Christiane Taubira y était présente. Elle  livre à Yahoo ! Actualités son sentiment sur la campagne et explique pourquoi elle refuse le Traité.

Christiane Taubira, bonjour. Quel regard portez-vous sur cette campagne référendaire ?

 

 

Avec cette mobilisation populaire, c’est sans doute quelque chose d’imprescriptible et d’ineffaçable qui s’est produit. Le peuple français sur la question européenne n’a été consulté qu’une seule fois en 1992 au moment du Traité de Maastricht. Les Français aujourd’hui en ont assez que ces choses se fassent sans eux. Ils se sont emparés du débat. C’est prodigieux ! C’est un tournant très positif. Les peuples sont en train de s’inviter à la table de la construction européenne. En choisissant le référendum, le Président de la République avait choisi un jeu très personnel et très monarchique. Il pensait que ce ne serait qu’un simple plébiscite. Il a donné la parole au peuple, et le peuple est arrivé avec d’autres chansons et d’autres paroles. C’est magnifique !

Vous avez dit que vous étiez au départ pour un « oui » critique à cette Constitution. Quelles sont les raisons qui vous ont fait changer d’avis et défendre le « non » ?

C’est vrai que j’étais au départ sur un « oui » très critique. Je suis très attachée à la construction européenne. Mes élans vont vers l’Union européenne. Je crois très fort en cette idée. Quand j’ai travaillé pour la première fois le texte en novembre 2003, j’étais assez critique mais je pensais qu’il y avait tout de même des dispositions plutôt positives. Mais la Conférence intergouvernementale de juin 2004 m’a rapidement fait changer d’avis. J’ai compris qu’ils voulaient avant tout verrouiller ce texte. Ils rendaient les conditions de révision à l’unanimité très difficiles. Je pensais qu’avec le travail de la Convention , on pourrait justement sortir des marchandages à huis clos qui avaient lieu à chaque sommet pour aboutir à un nouveau traité. Et ils nous font ratifier leur kermesse ! Ce n’est pas acceptable. La génération du passé veut verrouiller une Constitution pour notre génération, celle de nos enfants et celle de nos petits enfants. Nous devons nous opposer à cela !

En tant que femme et guyanaise, vous avez un message particulier à apporter sur la Construction européenne ?

En tant que femme, je pense qu’ils ne sont même pas arrivés à inscrire dans le préambule de cette Constitution l’égalité entre les hommes et les femmes. On a tout de même obtenu ce droit de haute lutte. Il a fallu batailler dur pour obtenir qu’il ne soit pas seulement inscrit dans les objectifs, mais aussi dans les valeurs. C’est une victoire des associations de femmes, dont l’AFDU. On traite avec condescendance plus de la moitié de la population. Le Traité ne reconnaît même pas explicitement la liberté de disposer de son corps. C’est une condition majeure pour l’autonomie de la femme en tant que sujet de droit. Où va-t-on si ces droits élémentaires ne sont pas reconnus ! C’est inadmissible ! On ne peut pas accepter des compromis pour faire plaisir à quelque pays qui ne reconnaissent ni l’avortement ni le divorce. Nous nous battons aujourd’hui pour défendre nos conquêtes et pour que toutes les Européennes en bénéficient.

Et en tant que guyanaise ?

En tant que guyanaise, je viens de toutes les cultures et les peuples du monde. C’est mon histoire. Je viens des Amériques par les amérindiens, de l’Afrique par la Traite , de l’Europe et de l’Asie. Je suis soucieuse du monde entier. J’ai le profond désir, le besoin d’un monde multipolaire. Je pense que la vocation de l’Europe n'est pas d’être un clone des Etats-Unis. L’Europe est attachée à des valeurs humanistes et doit être soucieuse de la diversité des peuples. L’Europe a tiré les conséquences des violences qu’elle a pu exercer aux travers de ses empires coloniaux. Elle est préoccupée par le dialogue. C’est pour cela qu’elle à un rôle à jouer dans le monde. Quant à l’Outre-Mer, il sera moins bien traité qu’auparavant. Mais j’accepte les contraintes de partage liées à la solidarité avec l’arrivée de pays au PIB plus faible. Cela ne dispense pas de faire le constat des insuffisances des politiques d’Etat dont l’efficacité aurait permis à l’Outre-Mer d’avoir de moins en moins besoin des fonds communautaires.

Si le « non » gagne, qu’espérez-vous ?

Le « non » gagnera. Et il gonflera nos voiles ! 

Publié dans libre opinion

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